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Interview > Erell Bihan - administration et régie de tournées


« A l'époque nous n’étions pas beaucoup au Stade de France à pousser des caisses et charger des camions »

Erell est selon nos informations la seule juriste en droit communautaire à pouvoir gérer un groupe en tournée, monter une scène ou gérer une console. Ajoutez a cela une subtile diplomatie et une passion débordante et vous aurez une régisseuse hors pair. Preuve ci-dessous.

 

 


Salut Erell, peux-tu te présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Je suis Administratice et/ou Regisseur général de spectacles vivants.

 

Comment en es-tu venue à faire ce métier obscur et en quoi cela consiste-t-il exactement ?
Et bien c'est en Belgique, où je me trouvais suite à mon stage à la Commission européenne à la direction générale d'Amérique Latine. Je suis juriste en droit communautaire, et je me préparais à passer les concours de la communauté européenne, comme je suis trilingue et que j'avais passé mes 18 premières années en Amérique Latine (en Colombie, Brésil et Chili), on me faisait travailler sur les accords bilatéraux, et entre autres sur les aides et subventions européennes.
Suite à ce stage, j'ai eu la possibilité de faire un stage au centre culturel des Halles de Schaerbeek, auprès de l'administrateur sur les subventions européennes.
J'ai découvert des compagnies et des projets magnifiques...ils ont vu mon intérêt et ma curiosité m'a poussé à leur demander de passer sur le terrain.
Je me suis retrouvée à organiser une suite de concerts pour la récolte de jouets pour des enfants en difficulté...et ce fut comme une invitation à intégrer cette nouvelle famille.
A partir de cet événement, il ne m'est arrivé que des rencontres extraordinaires et j'ai dédié ma vie à des tas d'aventures et de projets les plus incertains les uns que les autres, mais tous plus riches les uns que les autres...

 

 


Tu es capable de gérer autant en régie, qu'en administration et en accompagnement d'artistes sur la route, est-ce par envie de toucher à tout ou par obligation plus "alimentaire" ?
Et bien lorsque l'on fait de la tournée, ce n'est jamais par obligations "alimentaires".
Notre métier, l'intermittence, est très incertain, on signe pour une aventure humaine qui peut s'arrêter tout simplement parce que le public n'est pas convaincu, ou parce qu'il y a un problème météorologique ou un dispositif de sécurité pose problème!
C'est un métier passionnant, parce qu'il faut toujours régler des tas de problèmes qui surviennent systématiquement. Le matériel qui lâche, un artiste qui tombe malade, du vent ou une tempête qui empêche un festival en plein air d'ouvrir ses portes au public pour des contraintes de sécurités.
Et puis il y a de beaux projets mal payés et inversement. On n'est jamais sûr de rien mais tous les soirs, faut que ça joue, faut qu'on trouve toutes les solutions envisageables. L'économie d'une tournée ou d'un spectacle est difficile à monter. Le métier s'est professionnalisé, et la technique est devenue plus pointue.
Il est donc important pour évoluer dans les différents métiers du spectacle, de se former, que ce soit en tant que technicien, en son, lumière, plateau, mais aussi en rigg, en mapping...pour ne citez qu'eux. On travaille sur des consoles numériques, des logiciels de calcul de charges, de dessin, de son, de light...
C'est pareil pour la régie générale et l'administration d'un spectacle.
Il faut être capable de comprendre les besoins techniques, savoir les chiffrer, et au même titre qu'il arrive que sur certaines tournées ou productions, qu'il y ait moins de budget, et qu'il soit nécessaire de prendre en charge autant l'accompagnement des artistes, que la gestion de l'ensemble des techniciens et régisseurs qui travaillent sur le projet : la logistique de transport, hôtel, la gestion des salaires,  des contrats...parfois ce qu'on appelle un tourman, une personne qui a tout ses rôles confondus, il est alors le bras droit d'un producteur, celui qui gère sur la route tout ce qu'un bureau de prod ne peut pas gérer depuis un bureau.
C'est des métiers obscurs, parce que le public n'imagine pas toujours qu'il y a aussi derrière chaque concert, une compagnie d'art de rue, un festival...des directeurs de productions, des administrateurs et des régisseurs qui encadrent et font en sorte que tout ça roule et que chacun puisse toucher un salaire et poursuivre son travail dans de bonnes conditions.

 


Tu bosses sur des tournées mais aussi dans des lieux comme le Cabaret Sauvage, as-tu une préférence pour l’itinérance ou le sédentarisme ?
J'aime l'itinérance, parce que c'est riche, on découvre toujours une nouvelle ville, un nouveau lieu, une équipe et un public aussi toujours différent. Mais elle peut être pénible aussi, parce que l'on est coupé de sa famille, des siens. Il faut être capable de supporter des moments de fatigue et de pression beaucoup plus importants. Cela peut couper du monde réel. J'aime alterner les moments de tournées par des moments ou je vais m'impliquer dans une salle, ou dans des productions sur Paris.

 

 


Quels en sont les meilleurs et les pires aspects de ce job qu'on imagine exigeant à pas mal de niveaux ?
Le meilleur c'est ce vent frais que l'on respire, toutes ces rencontres, c'est une aventure humaine.
La difficulté est de savoir trouver la bonne distance pour ne pas trop s'impliquer dans les projets et les missions qui nous sont confiés. Il faut aussi savoir analyser les risques, garder toujours la tête froide pour pouvoir prendre les bonnes décisions dans des temps très brefs... Les contraintes de sécurités sont de plus en plus importantes aujourd'hui.

 


On trouve beaucoup d'autodidactes dans ces métiers de prod qui demandent avant tout de la disponibilité, pas mal de psychologie et de bon sens, dirais-tu qu'une formation est pour autant nécessaire et si oui lesquelles?
J'ai fait une formation professionnelle de 5 mois en régie de production à Issoudun. Je dirais qu'elle n'est pas indispensable. Elle permet de réaliser tout ce qu'il faut réussir à maîtriser, mais pour moi le plus important reste le terrain. On n'apprendra jamais en cours, à gérer le stress et les bons réflexes.
Par contre, je pense qu'il faut être compétent, et qu'il est nécessaire de se former de façon régulière pour se mettre à la page pour comprendre mieux les enjeux et les problématiques de nos métiers.
En France, nous avons cette chance de pouvoir obtenir des formations financées qui permettent à tous de pouvoir découvrir un métier ou une spécialité.
Elle reste très utile pour s'améliorer et acquérir de nouvelles compétences.

 


Tu as bossé avec un paquet d'artistes de styles et de profils différents, dirais-tu qu'il y a un lien entre le fait d’être connu et le fait d’être relou ?
Oui, lorsque l'on veut être bon, on devient exigeant, et malheureusement parfois cela peut rendre quelqu'un relou! Je fais partie des gens qui pensent que cela est normal d'admettre que parfois un artiste peut être relou. Être un artiste sur les routes, c'est loin d'être évident, il subit comme nous tous des pressions.
Je n’admets pas juste le manque de respect. Mais c'est aussi notre travail en tournée de savoir dire à nos artistes et toutes autres personnes qui abuseraient d'une situation, qu'il y a eu un problème et de le responsabiliser si nécessaire.

 

 


Quoi qu'il en soit, qui sont les plus cools et les plus relous avec qui tu aies bossé ?
Je ne citerais pas de noms de relous, parce que, encore une fois, il y a beaucoup de pression dans nos métiers, mais j'ai eu la chance de côtoyer des artistes pour qui j'ai beaucoup d'estime comme le chanteur Arno, les équipes et les artistes de Stomp, les équipes techniques sur U2'.. font partie de plus beaux projets auxquels j'ai eu la chance de participer.

 


Dans quelle mesure peut-on vraiment choisir les gens avec lesquels on bosse dans un tel métier ?
Quand on est respecté et que l'on te fait confiance.
Ça se construit, encore une fois, ces rapports humains, il faut être rigoureux et s'entendre avec les gens.
On gère de l'humain, c'est une part très importante dans notre métier, on doit gagner la confiance d'un artiste autant que d'une boite de production.
Il faut du métier et beaucoup de travail. C'est comme ça qu'on rencontre du monde et qu'on se crée une famille de travail et que l'on apprend à faire confiance et à satisfaire les gens pour qui on travail.

 


Ressens-tu une quelconque difficulté supplémentaire a être une femme dans un secteur qu'on imagine majoritairement masculin ?
Alors les choses ont beaucoup changé, j'ai démarré en tant que technicienne, et en plus j'ai très vite voulu grimper et faire de l'accroche. Je fais partie sûrement des quelques rares filles qui ont fait de la structure et de l'accroche. J'ai fait ça pendant presque 3 ans, je poussais des caisses et les chargements de camions.
A l'époque nous n’étions pas beaucoup au Stade de France et dans les grosses salles de concerts à le faire.
Personne ne savait d'ailleurs que j'avais fait de grandes études. Et bien je dirais que je n'ai pas souffert d'une quelconque discrimination, au contraire je dirais que j'ai été très bien accueillie et je me suis jamais plainte.
Je pense que cela peut arriver, mais il faut bien comprendre où l'on met les pieds et faire bien son travail.

 


Aurais-tu une anecdote particulière à nous faire partager sur des dates épiques ?
J'ai eu la chance de partir en Haïti avec de très belles équipes et un superbe festival qui s'appelle les Etonnants Voyageurs, des gens formidables.
Nous sommes arrivées de nuit à l'aéroport de Port aux Princes, la ville était dans la nuit, pas de lumière, nous avons avancés dans le noir, dans des couloirs sous barbelés... tout se séjour fut l'un des plus intenses et mystérieux. Le vodou est très présent dans l'état d'esprit des gens et des crânes sont utilisés pour beaucoup d'expressions artistiques dans les rues du centre ville... nous nous sommes retrouvés un soir sur l'arrière d'une caisse, coincée par une foule d'haïtiens en transe qui répétait des chants traditionnels pour un carnaval vodou... Des moments comme celui-là sont uniques et intemporels.

 

 


Sinon c'est quoi la différence entre une bonne et une mauvaise régisseuse ?
Il y en a pas, chacun a sa personnalité et sa manière de travailler. Il y a de la place pour tout le monde.


Si tu pouvais gérer n'importe quel groupe vivant ou mort sur une tournée, lequel ce serait ?
J'aimerai travailler un jour avec des compagnies comme Royal Deluxe, un groupe comme Foals que je trouve être un des meilleurs groupes indé de renom international.


Si tu devais t'exiler sur une planète qui ne connait pas la musique avec un seul album, ce serait lequel?
Venus, la planète de l'amour.

 

 


Les deux dernières tartes musicales que tu aies prises, sur album et en live ?
Foals au zénith l'année dernière, mais aussi j'ai été bluffé par le concert de Stromae que je suis allée voir aux Arènes de Nîmes, je m'y attendais pas, c'était très bon.

 

 

 

LA SUITE SUR LE WEB :

Contact : ancrageproductions.fr

 

 



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Les 23 points communs entre jouer dans un groupe et travailler en entreprise 12 trucs qu’on ne devrait jamais dire à un musicien >

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Sur le blog Confliktarts.com : Interview > Erell Bihan - administration et régie de tournées
Bonjour, J'ai trouvé cet article sur le site de Conflikt arts et je pense qu'il peut t'intéresser : http://www.confliktarts.com/fr/blog/478/interview-erell-bihan-administration-et-regie-de-tournees A bientot
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