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Interview > Michel Bosseau - Les Formations d'Issoudun


"Nous sommes bien placés pour connaître la situation précaire des intermittents et des artistes"

Issoudun se place comme la formation phare pour ceux qui souhaitent devenir techniciens ou chargés de production dans le secteur des musiques actuelles. Connue des pros du secteur mais très peu du grand public, son directeur nous éclaire sur cette école du son ou l'on n'apprend pas le son, et nous donne son point de vue avisé sur le milieu musical.

 

 

Bonjour Michel, peux-tu te présenter à nos lecteurs stp ?

Je m'appelle Michel Bosseau et je dirige Les Formations d'Issoudun depuis 2 ans.
Après mes premières activités dans la musique (management, fanzines, concerts), j'ai travaillé 10 ans chez Garance Productions comme chargé puis directeur de production, régisseur général, etc. Mes objets de travail ont été des artistes français (Noir Désir, OTH, les VRP), des groupes anglo-saxons (Fishbone, Sonic Youth, Metallica, Burning Spear), la quasi totalité du rap américain (Public Enemy, The Roots, Ice Cube, De La Soul) et mille autres choses.
J'ai ensuite travaillé pendant 10 ans sous le régime de l'intermittence, comme programmateur (Printemps de Bourges et d'autres festivals, Glaz'art), comme régisseur (Nice Jazz Festival, concerts à Paris), manager (Mass Hysteria, X Syndicate, Hoax), et administrateur (tournées, concerts, emploi d'artistes internationaux). Ces activités m'ont conduit à produire des disques ou à travailler avec des labels indépendants (Tripsichord, Wagram) ou non (Polygram, Yelen Music), à gérer des droits d'auteur et des relations avec des éditeurs, à monter des tournées ou à travailler avec un tourneur, à piloter des projets d'artistes en combinant toutes les activités contribuant au développement.
Fin 2002, j'ai été recruté par le CNV, qui venait d'être créé, comme responsable du pôle "Production" pour créer les outils d'instruction de subvention et conduire ces instructions (500 demandes). Ces activités m'ont conduit pendant 4 ans à développer une connaissance très large des pratiques professionnelles sur l'ensemble du territoire, à interagir avec les institutions (culture, musique, travail, formation, représentations professionnelles, etc.) et à conseiller les porteurs de projets, privés ou associatifs.
Je suis parti en 2006 pour travailler à nouveau sous le régime de l'intermittence, comme administrateur de production, où je m'occupais de contrats (de travail ou commerciaux), de financement, de suivi administratif et financier, et là encore un peu de conseil.
Parallèlement, l'activité de formateur occasionnel, initiée en 1997 à LFI, s'est révélée à moi comme un champ d'activité passionnant et utile. En 2010, j'ai eu le sentiment de m'ennuyer dans la musique et je me suis orienté vers l'activité de formation, comme beaucoup de professionnels de mon âge (50 ans à l'époque).
Pour autant, j'ai jugé que former des gens sans se former soi-même était inadmissible, compte tenu des enjeux qui poussent les gens à se former (apprendre un métier, changer de métier, améliorer ses conditions de travail, changer de vie, etc.). La "transmission des savoirs par des professionnels en activité" constitue un argument commercial efficace et une modalité de formation, mais elle ne dit rien sur la manière dont on réussit ce miracle et elle ignore la dimension fondamentale de la prise en compte de l'engagement des personnes dans le projet de formation.
J'ai donc suivi une formation de "Responsable de projet de formation", puis un master consacré au développement des compétences, où j'ai pu développer une réflexion sur l'apprentissage, sur l'analyse du travail, et sur la formation fondée sur l'activité de la personne et sur les situations de travail.
Pendant le cours de cette formation, j'ai postulé au poste de directeur des Formations d'Issoudun, où j'ai été recruté et où j'ai rencontré une équipe engagée et désireuse d'optimiser la qualité du service rendu.

 

Issoudun se présente comme un "Centre de formation professionnelle aux métiers des musiques actuelles", dans quelle mesure les musiques actuelles s'apprennent-elles ?
Ce ne sont pas les musiques actuelles auxquelles nous formons les gens, mais les métiers de ceux qui entourent les artistes, avec 2 filières :
• Une filière technique du spectacle, avec la formation Technicien backliner, la formation Régisseur de production, les stages d'habilitation électrique ou de sécurité des Équipements Recevant du Public, et un stage d'initiation Régie générale des musiques actuelles
• Une filière "production" avec la formation Assistant de production des musiques actuelles et les stages d'initiation de Techniques de booking et Organisation du monde de la musique

 

On sait que beaucoup de musiciens bouclent leurs statuts d'intermittents grâce à des métiers parallèles comme roadie ou backliner, luttez-vous contre ces considérations de métiers plutôt complémentaires que principaux ?
Pas du tout. Nous sommes bien placés pour connaître la situation précaire des intermittents et des artistes.
D'ailleurs, nous essayons d'accompagner les candidats à nos formations dans la réflexion qu'ils portent sur leur parcours professionnel, et nous proposons des parcours de VAE à ceux qui souhaitent justement valoriser leurs différentes expériences.
D'une certaine manière, ce qui importe, c'est de recruter des gens pertinents pour l'emploi proposé, et c'est là que nous intervenons.

 

Connaissez-vous d'ailleurs la part de musiciens parmi les étudiants ?
Oui, elle est minime. Nous sommes attentifs aux questions de mobilité professionnelle, notamment de l'artistique à la technique ou à la production, mais notre mission n'est pas d'accompagner la reconversion professionnelle des musiciens, d'autres font ça très bien.
Nous avons beaucoup de candidats techniciens ou "administratifs" qui veulent se professionnaliser, ou compléter leur portefeuille de compétences pour évoluer professionnellement.

 

 

Quel est le processus d'inscription et de sélection, tout le monde a-t-il sa chance (y compris financièrement) ?
Concernant l'inscription, tout le monde a sa chance, mais il ne faut pas être naïfs : nous formons par an 15 à 20 assistants de production, 15 à 20 régisseurs et 12 à 15 backliners. Or nous avons plus de 4 demandes par place disponible. Tout le monde n'est donc pas pris en formation.

En revanche, pour ce qui est du processus de sélection et d'inscription, tout le monde est traité de la même manière et à ce titre, chacun a sa chance :
• Il y a d'abord une prise de contact, généralement par oral (de visu ou par téléphone), qui permet d'analyser la demande et de confirmer le processus de sélection ou de donner un conseil (vers d'autres formations, d'autres parcours ou dispositifs d'accompagnement...).
• Les candidats retenus doivent ensuite remplir un dossier avec des éclairages sur leur expérience et leur projet professionnel. On vérifie que les candidats se projettent bien dans une activité professionnelle, un travail, au-delà de l'envie de "travailler dans la musique" qui risque, après la formation, de les conduire dans le mur.
• Là encore, on continue le processus vers une inscription en formation, totale ou partielle, ou on oriente le candidat vers un autre dispositif adapté au besoin identifié. C'est le "positionnement".
• Les candidats retenus sont reçus par un jury de sélection (le responsable pédagogique et 2 professionnels formateurs occasionnels), qui évalue les candidatures par rapport à des critères formalisés et qui sélectionne à peu près un candidat sur deux.
Pour ce qui est du financement, nous ne pouvons pas répondre par un oui franc et massif, parce que les circuits de financement de la formation sont nombreux et complexes, qu'ils dépendent de différentes institutions poursuivant différents objectifs. Il existe de nombreux cas de figure qui peuvent donner (ou pas) l'accès à une formation.
Pour autant, nos 2 formations certifiantes, donnant accès à un "titre professionnel" reconnu par l'État, sont assez faciles à financer justement parce qu'elles sont certifiantes.

 

Cette formation est-elle pour autant une garantie d'emploi dans ce milieu si concurrentiel ?
Bien sûr que non. Contrairement aux discours trompeurs de nombreux politiques qui comprennent mal ce qu'est la formation professionnelle, c'est l'emploi qui résoudra les problèmes du chômage, pas la formation. L'école y a échoué durablement, la formation professionnelle n'y suffira pas.
En revanche, la formation a un véritable rôle à jouer dans les questions d'emploi : Nous tentons d'actualiser les connaissances, techniques, méthodes, outils, bref ce que certains appellent des savoirs, ce qui est nécessaire.
Nous aidons également les apprenants à construire des représentations du milieu, des professionnels et d'eux-mêmes, qui soient cohérentes avec les celles des professionnels en activité, ce qui les conduit à développer des comportements professionnels, autre nécessité pour s'intégrer dans un milieu.
Enfin, nous essayons d'accompagner les stagiaires dans leur réflexion sur le parcours professionnel : quel métier, mais aussi quel statut, quelles modalités d'emploi ? Selon les activités, les projets ou les aspirations des candidats, il convient de réfléchir au modèle le mieux à même de fournir un cadre solide à l'activité.
L'intermittence est un mode normal d'exercice des métiers du spectacle et le cadre associatif est cohérent pour certaines activités, mais être intermittent n'est pas une fin en soi et des activités commerciales dépassent le cadre associatif.
Sur une longue durée, on peut par exemple être salarié dans une entreprise, puis devenir intermittent, avant de redevenir salarié puis de créer son entreprise.

 

Une fois la formation terminée, que procure le fait d'avoir "fait LFI" ? 
Des connaissances, des représentations, un comportement, un réseau, un potentiel considéré comme tel à intégrer un collectif de travail.

 

 

Sans préjugé aucun contre la ville d'Issoudun, n'est il pas compliqué d'enseigner de telles formations quand on connait la centralisation extrême du secteur musical autour de la capitale ?
Pas du tout. Le fait de se tenir éloigné de l'agitation urbaine est profitable aux stages de longue durée, à la construction du groupe en formation et à la concentration sur les apprentissages. Par ailleurs, la formation, ce n'est pas le métier; la formation nécessite un cadre distinct du secteur de l'activité professionnelle, de manière à offrir des conditions favorables à l'apprentissage.
Sur un autre plan, plus de 70 professionnels viennent à Issoudun pour former nos stagiaires, des professionnels forment le Conseil d'Administration de LFI, tous nos stagiaires vont en entreprises, nous avons des partenariats qui donne accès aux pros dans le cadre des festivals, etc. Nous ne sommes donc pas éloignés de l'activité.
Mais plus important, nous bénéficions ici d'un cadre impossible à trouver ailleurs : des locaux vastes, entretenus et équipés par la ville d'Issoudun, un soutien permanent de la part des élus, une offre de logements bon marché, des activités culturelles, des professionnels du spectacle et des équipements, etc.
Cet ancrage nous permet de nous inscrire sur un territoire régional très favorable à un développement économique fondé sur celui de la formation et de la culture, ce qui est justement notre position : miser sur les compétences pour développer l'activité.
Nous rencontrons donc des pouvoirs publics qui comprennent parfaitement les enjeux de la formation et du développement des compétences; ils deviennent naturellement des partenaires efficaces, conscients qu'ils sont du potentiel de développement collectif à en retirer.

 

La production musicale évolue toujours plus rapidement, quels sont les moyens pour Issoudun de rester au contacts des dernières tendances ?
Nous sommes en contact avec plus de 70 formateurs occasionnels, de toutes générations, qui travaillent différemment, mais dans les entreprises qui font le métier.
Nos stagiaires font des stages pratiques dans des entreprises, ou sur des festivals.
Nous participons à des rencontres professionnelles et des débats de métier et nous effectuons une veille documentaire; il est notable que depuis deux ans environ, on assiste enfin à la publication de données socio-économiques fiables.
Enfin, nous organisons des ateliers de travail avec les formateurs impliqués dans un module, en vue de définir avec eux les objectifs des modules, les modalités d'évaluation, les contenus des apprentissages et la manière de les faire acquérir (travaux pratiques développés par plusieurs formateurs, etc.).
De cette manière, nous sommes toujours au fait non seulement des usages en cours, mais également des divergences de point de vue, de méthode, ce qui donne aux stagiaires une vision actuelle des usages, mais aussi un espace pour leur réflexion propre qui sera en jeu quand ils feront partie des pros du secteur.
Au-delà de cet aspect, nous recourons à des méthodes et des démarches actualisées de formation. Comme les métiers du spectacle et des musiques actuelles, la formation est un métier, qui s'apprend. On ne peut plus improviser la formation d'après sa seule expérience d'un métier et de la transmission de ce qu'on considère comme du bon travail, de son propre point de vue.

 

Et pour finir, quels sont vos dernières claques musicales, album et live ?
Benjamin Clementine, Tigran Hamasyan, Bertrand Belin, Philippe Katerine.
Stromae est un artiste surpuissant, mais j'ai du mal avec la musique elle-même; j'attends de voir où il en sera dans quelques années.
Pour le reste, beaucoup de choses actuelles me paraissent de pâles copies de vieux trucs, je préfère encore les originaux.
C'est une des raisons qui m'ont fait bifurquer vers la formation, après m'être outillé en la matière, car on ne peut plus en 2015 se contenter de "transmettre des savoirs", même si on est un "professionnel en activité".

 

 

 

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30 trucs pour savoir si vous êtes un musicien créatif…ou pas. 35 (putains) de trucs qui prouvent que t’es vraiment (un putain de) punk >

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Sur le blog Confliktarts.com : Interview > Michel Bosseau - Les Formations d'Issoudun
Bonjour, J'ai trouvé cet article sur le site de Conflikt arts et je pense qu'il peut t'intéresser : http://www.confliktarts.com/fr/blog/495/interview-michel-bosseau-les-formations-d-issoudun A bientot
Votre demande de partage sur Conflikt Arts
Bonjour,<br /><br />Votre demande de partage a bien été prise en compte.<br />L'article : http://www.confliktarts.com/fr/blog/495/interview-michel-bosseau-les-formations-d-issoudun a été envoyé.
Votre demande de partage a bien été prise en compte.

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