webleads-tracker

Newsletter

* champ requis

Interviews

Interview > Alain Courbis - Runmuzik


"Notre île semble de plus en plus attractive pour les musiciens qui sont toujours ravis de la qualité de l'accueil, de la beauté des paysages et de la richesse culturelle qu'ils y trouvent"

Tout près de nous, à quelques 10 000 kilomètres, se développe une scène musicale bien française. Pour tenter de raccourcir les distances avec l'hexagone et pallier un éventuel manque de reconnaissance, Runmuzik agit comme un facilitateur de projets, ainsi qu'un conservateur de la mémoire musicale de l'île. Entre la gestion d'un pôle des musiques actuelles, la création d'un label, d'un programme d'aide à la tournée, Alain Courbis, son directeur, ne s'ennuie pas depuis une petite vingtaine d'années qu'il pilote cette structure indispensable. 

 


Salut Alain, peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?
Musicien raté, mais passionné ad vitam aeternam de toutes les musiques, je me suis installé à La Réunion en 1980 après de nombreux voyages dans le monde et métiers divers . J'y ai d'abord travaillé pendant dix ans comme journaliste dans la presse quotidienne locale tout en passant le plus de temps possible dans les concerts, événements musicaux, auprès des musiciens et associations oeuvrant dans ce domaine... J'ai pu m'orienter vers le culturel à partir de 1990 d'abord comme chargé de communication à l'Office Départemental de la Culture avant d'être nommé directeur de  Runmuzik, le pôle régional des musiques actuelles (PRMA) de La Réunion dès son ouverture en 1997.


Qu'est ce donc que Runmuzik ?
C'est une association loi 1901 créée sur une volonté de la Région Réunion et du Ministère de la Culture ( DAC-OI) pour mener un travail de développement musical à travers plusieurs actions et missions:
promotion et exportation des musiques actuelles et traditionnelles de la Réunion en métropole, dans la zone Océan Indien et le reste du monde; actions de formation et professionnalisation pour les musiciens et personnes oeuvrant dans la filière musicale locale; accompagnement et conseil pour les porteurs de projets musicaux; observation et expertise sur l'environnement musical de la région; et aussi une mission d'étude, de recherche et de restitution sur le patrimoine des musiques et danses traditionnelles de la Réunion et de l'Océan Indien. Cette mission a notamment donné lieu à la création du label de disques de mémoire, Takamba, qui compte aujourd'hui une vingtaine de références.


Est-ce le strict équivalent des pôles ressources de musiques actuelles que l'on retrouve en régions en métropole ?
Oui c'est à peu près équivalent. La spécificité que nous avons est la mission patrimoine qui nous a été confiée un peu par défaut. Dans les grandes régions françaises il existe des agences de musiques et danses traditionnelles qui font ce travail indépendamment. Ici nous n'avons pas de structure spécifique sur le patrimoine et nous concentrons tout. Ceci dit je pense que cela n'est pas incohérent car depuis que nous faisons ce travail de mémoire pour réhabiliter des musiques et des artistes du patrimoine, cela est devenu une source d'inspiration importante pour les jeunes musiciens oeuvrant dans différents domaines y compris l'électro ou le hip-hop.
Une autre spécificité pour nous est l'exportation puisque nous sommes sur une île française certes, mais à 10.000 km de Paris et du marché européen. Un artiste professionnel ou en voie de l'être ne peut se contenter du marché local et les billets d'avion coûtent cher... Dans cette optique de professionnalisation notre PRMA se positionne davantage depuis trois ans sur des dispositifs à visées économiques au service de la filière musicale locale: aide aux transports aériens, aide aux cachets déclarés dans les cafés-concerts, aide aux clips…Nous avons aussi une mission observation de l'environnement musical qui a pris de l'importance.

 

 


Peux-tu nous décrire précisément tes responsabilités au sein du projet ?
Je coordonne l'ensemble des missions et des actions au sein d'une équipe de 7 permanents. Je passe aussi beaucoup de temps en communication et relationnel avec les réseaux professionnels régionaux ou internationaux, les partenaires institutionnels, publics ou privés... Je reçois beaucoup de porteurs de projets pour du conseil. Le travail d'aide à la professionnalisation nécessite beaucoup de pédagogie. Beaucoup de jeunes qui se lancent dans des activités musicales, souvent par passion, parfois par rêve, ne mesurent pas toujours l'importance de l'environnement dans lequel ils vont évoluer avec ses spécificités et ses complexités. Cette connaissance est aujourd'hui devenue aussi importante pour avancer que la qualité du projet artistique que l'on défend. Parallèlement je m'investis aussi beaucoup sur les projets sur le patrimoine avec notre ethno-musicologue maison, Fanie, qui en est chargée.


Avec un passé de globe-trotter, de guitariste à journaliste ou matelot, tu es un peu un autodidacte du métier, mais est-ce que ce métier s’apprend-il vraiment ?
Comme d'autres choses, notamment le journalisme, j'ai effectivement appris ce métier sur le tas avec toute l'énergie que j'ai pu y mettre. Je pense que rien ne vaut l'expérience de terrain quand on a une réelle motivation ou passion comme c'est mon cas. C'est aussi parce qu'auparavant il n'y avait que peu ou pas de possibilités  de formations dans ces métiers. Depuis un certain nombre d'années on constate que de plus en plus d'organismes et même  d'universités proposent des cursus de formations très intéressantes dans les métiers de la culture en général et de la musique en particulier. C'est super pour les jeunes qui s'intéressent à ces activités. Si cela avait existé à mon époque j'en aurai volontiers profité, l'idéal étant évidemment d'avoir en même temps l'expérience pratique de terrain et la connaissance théorique. En complément de cela je préciserai qu'il ne faut jamais négliger la qualité de la relation humaine dans tout ce qu'on fait. C'est quelque chose de primordial pour moi dans cette société qui privilégie de plus en plus le matériel...


Combien approximativement recense-t-on de groupes sur l’ile et quel est le « panorama » musical ?
Sur notre "Muzikannuaire " en ligne nous en avons environ 600 il doit y en avoir 7 à 800 en activités plus ou moins régulières voire un millier. Pour avoir une idée de l'importance de l'activité musicale sur cette île d'aujourd'hui 850.000 habitants, 350 à 400 albums par an sont produits par an depuis les années 2000…La musique la plus populaire sur l'île est le séga qui doit représenter près de la moitié de ces productions avec, en moindre mesure le maloya, musique traditionnelle qui est plus appréciée en live qu'en disque. En revanche, c'est le maloya qui s'exporte le plus, dans sa forme la plus traditionnelle, percussions et voix, avec des chefs de file comme Danyel Waro, Christine Salem, Lindigo ou, depuis plus récemment Zanmari Baré ou Tiloun. Dans la production locale, les musiques d'origines jamaïcaines  représentent aussi une part importante: reggae, parfois plus ou moins métissé avec le séga ou le maloya, ragga dance hall…Le hip hop et l'électro se sont aussi bien développés ces dernières années. Le rock et le jazz sont les parents pauvres de la production discographique et pourtant il y a beaucoup d'artistes de talent qu'on peut apprécier en "live" dans ces courants musicaux, principalement dans les cafés-concerts.


A ce propos vous gérez notamment "Tournée Générale", un dispositif qui permet de mettre en réseaux les cafés-concerts de l’ile et les producteurs, combien de lieux cela représente-t-il et combien de concerts par an environ ?
Il y a à ce jour 44 lieux et 228 groupes inscrits sur la plate-forme tourneegenerale.re qui permet aux responsables d'établissements de contracter directement avec les groupes proposés par des producteurs. Notre dispositif permet d'aider 1.200 cachets déclarés par an à hauteur des charges sociales et même un peu plus, ce qui représente environ 300 à 350 concerts par an dans ces établissements. Ce dispositif lancé depuis trois ans, après une phase d'expérimentation qui n'avait concerné que quelques lieux et quelques artistes, est aujourd'hui victime de son succès. Il aide grandement à la structuration et professionnalisation du marché local, les cafés-concerts étant les premiers diffuseurs de musique vivante. Nous sommes soutenus dans cette démarche par la Région Réunion en grande partie, mais aussi la SACEM et le FCM. Il répond à un véritable besoin et nous espérons le pérenniser en élargissant le cercle des partenaires.

 

 


Quelles sont les chances pour un groupe réunionnais de tourner au delà de l’ile, et quels sont les circuits privilégiés ?
Malgré le handicap de notre éloignement de la plupart des marchés nous avons la chance d'être un département français où les pouvoirs publics sont conscients de l'importance de la culture, et en particulier de la musique dans notre société et de la nécessité d'aider les créateurs. Les collectivités locales subventionnent depuis longtemps les déplacements des artistes vers l'extérieur. Nous avons nous mêmes depuis trois ans un dispositif complémentaire, avec des critères plus professionnels, qui permet la prise en charge des transports aériens des groupes ayant un minimum de trois dates vers n'importe quelle destination. Grâce à ce fonds très réactif dans son fonctionnement, alimenté par la Région Réunion et la SACEM, nous aidons plus d'une trentaine de tournées nationales et internationales par an, tous styles confondus. Plus de la moitié vont vers la France continentale et l'Europe mais depuis quelques années, grâce au travail de réseaux que nous menons en parallèle, nous avons de plus en plus de demandes en sud-sud vers l'Australie, l'Afrique du Sud, l'Inde, l'Asie…des marchés en plein développement.


A l'inverse, quelles sont les possibilités pour un groupe de métropole de pouvoir se produire en concert à la Réunion ?
Nous recevons chaque année énormément de groupes de métropole que ce soit sur la vingtaine de scènes conventionnées de l'île, dont trois sont exclusivement musicales (Palaxa, Kabardock, Kerveguen) ou sur les nombreux festivals de différentes tendances. Evidemment vu le prix des transports aériens à prendre en charge en plus des frais de séjours, les programmateurs vont davantage se fixer sur des artistes déjà connus susceptibles d'attirer du public. Il est beaucoup plus difficile de faire venir des groupes émergents sauf sur des festivals importants comme Sakifo, Kaloobang, Electropicales, etc…où la présence de têtes d'affiches porteuses de public permet de faire découvrir des artistes moins connus. C'est évidemment un atout important si un groupe de métropole souhaitant venir jouer sur l'île et démarcher les programmateurs locaux arrive à faire prendre en charge ses billets d'avions par un organisme national ou une collectivité de sa région d'origine. Nous souffrons un peu de devoir payer les avions dans les deux sens, quand nous exportons nos musiques et quand nous en importons… Il arrive aussi que certains groupes de régions françaises fassent le choix de venir à leur frais découvrir l'île, plus ou moins en vacances, pendant une période donnée et amortissent leur séjour en trouvant une série de dates dans les cafés-concerts locaux. Notre île semble de plus en plus attractive pour les musiciens qui sont toujours ravis de la qualité de l'accueil, de la beauté des paysages et de la richesse culturelle qu'ils y trouvent.

 

 

La collaboration fructueuse entre Moriarty et Christine Salem

 


Tu es également à l'origine du label Takamba, qui sert de recueil discographique au patrimoine musical de l'ile, est-ce à dire qu'une certaine tradition est en train de se perdre ?
J'ai créé ce label, consacré au patrimoine musical de La Réunion mais aussi des autres îles de l'océan Indien, à l'ouverture du PRMA en 1997. Il a une double ligne éditoriale: rééditions, avec parfois restaurations, de vieux enregistrements ayant marqué l'histoire musicale de la région et collectages de terrain auprès de porteurs de traditions dont certaines peuvent effectivement être menacées de disparition. Nos îles ne sont évidemment pas épargnées par la mondialisation. Les jeunes sont souvent plus intéressés par le ragga dance hall ou le hip hop que par les traditions héritées de leurs aînés. A La Réunion ce n'est pas trop le cas pour le maloya et le séga qui sont encore bien pratiqués et perpétués sous toutes les formes. Mais, par exemple, ce qu'on appelle "la musique en cuivre" , une forme de fanfares créoles festives, était clairement en voie de disparition. D'autres traditions plus locales peuvent aussi être considérées en péril dans la région. Au delà de la mémoire des traditions il s'agit aussi de perpétuer celle de leurs plus grands représentants qui disparaissent parfois sans avoir pu laisser de supports témoignant de leur connaissance de leur pratiques musicales , ou de la facture d'instruments pour certains d'entre eux. Il y a de véritables urgences à collecter certains musiciens traditionnels de l'ancienne génération. Nous avons déjà du déplorer plusieurs décès de musiciens qui n'auraient pas laissé de traces de certaines pratiques si nous n'avions pas fait ce travail avec eux. Nous mettons beaucoup de soin à la réalisation de beaux objets pour cette collection, digipacks avec des livrets très complets au début et maintenant de véritables livres-disques avec, quand cela est possible, un CD et un DVD.


Si tu pouvais accueillir à jouer sur l'ile n'importe quel groupe vivant ou mort, lequel ce serait ?
Je suis très éclectique dans mes goûts. Il y a tellement de vivants et de morts que j'aime…Mais je convoquerai bien de l'au-delà Frank Zappa et son inspiration débridée, monument de l'histoire des musiques. Dans les groupes d'aujourd'hui j'adorerai accueillir Snarky Puppy dont l'ouverture musicale et la capacité de composition comme d'improvisation me bluffent…Mais ça coûtera cher en billets d'avion !


Et si tu devais t'exiler sur une planète qui ne connait pas la musique avec un album, ce serait lequel?
Encore une question déchirante tellement il m'en vient à l'esprit…Si vous m'accordez un bonus avec options électrique ou acoustique je dirai "Electric Ladyland" du grand Jimi Hendrix qui tient déjà de l'extra-terrestre,et/ ou " A love supreme" de John Coltrane, sommet de mysticisme serein et de liberté harmonique.


Enfin, quelles sont les deux dernières tartes musicales que tu as reçues, à la fois sur album et en live ?
En live ma dernière claque c'est un groupe de rock californien appelé Rival Sons que j'ai vu au récent Printemps de Bourges, une filiation actuelle des grands groupes des années 70 genre Led Zeppelin ou Deep Purple dont je crois qu'ils vont d'ailleurs faire la première partie de la tournée européenne de cette année…En album, un de mes gros coups de coeurs de cette année c'est l'afro-rock réussi de Songhoy Blues "Music in exile", que j'ai d'ailleurs eu aussi le plaisir d'apprécier en live au Babel Med Music de Marseille.

 

 

 

LA SUITE SUR LE WEB :

Site web / Facebook

 



* champ requis


Les meilleures blagues sur les chanteurs Les trucs essentiels à emmener en tournée avec ton groupe de musique >

Partager
Sur le blog Confliktarts.com : Interview > Alain Courbis - Runmuzik
Bonjour, J'ai trouvé cet article sur le site de Conflikt arts et je pense qu'il peut t'intéresser : http://www.confliktarts.com/fr/blog/538/interview-alain-courbis-runmuzik A bientot
Votre demande de partage sur Conflikt Arts
Bonjour,<br /><br />Votre demande de partage a bien été prise en compte.<br />L'article : http://www.confliktarts.com/fr/blog/538/interview-alain-courbis-runmuzik a été envoyé.
Votre demande de partage a bien été prise en compte.

Dans la même catégorie :

Nos conseils

5 manières de trouver un nom de groupe qui a la classe

Vous êtes au collège et montez votre premier groupe, vous lancez enfin votre projet perso après 5 ans de travail acharné, ...

175722 vues
Nos conseils

10 phrases à ne plus dire sur scène

Comme tous les spectacles, les concerts comportent leur lot de rituels ridicules ou non inhérents à chaque groupe. Mais s'il y a ...

86467 vues
Nos conseils

10 manières de virer son batteur en lui faisant croire que c'est lui qui part.

Le batteur est un animal étrange bien souvent considéré comme un mal nécessaire à la composition d'un groupe. ...

66252 vues
Nos conseils

10 manières de virer son bassiste en lui faisant croire que c'est lui qui part.

Le bassiste. Nul ne sait à quoi il sert, et pourtant, il est là, traînant ses guêtres autour de vous, errant comme un fantôme ...

53160 vues
Nos conseils

10 manières de virer son guitariste en lui faisant croire que c'est lui qui part.

Il est là, saturant l'espace de tout son ego sur-dimensionné, vandalisant chacun de vos morceaux de ses solos intempestifs. Vous ...

46238 vues

PUBLICITE

Suivez l'actualité du blog !

* champ requis

Saisissez le code figurant sur la carte de téléchargement que vous avez reçue pour obtenir vos fichiers gratuits. Bonne réception !


Catégories



Archives




Besoin d'aide pour configurer votre produit?
Contactez nous :

Par téléphone au : 02 99 92 89 05
Du Lundi au Vendredi de 9h à 18h.

Par email : Cliquez ici
Sur le site : Aide et FAQ

Les News du moment !

Imprime ton t-shirt à l'unité! Accéder au produit
7'', 10'' ou 12''... retrouvez toutes les possibiltités ICI! Accéder au produit
7'', 10'' ou 12''... retrouvez toutes les possibiltités ICI!

Vinyle 33/45t (7"/10"/12"), pochette simple, Gatefold ou même combo CD+Vinyle...

Lire la suite...
Pressage CD Jewel Box Accéder au produit
Pressage CD Jewel Box

Découvrez un large choix d'options pour votre Pressage CD !

Lire la suite...

Partager cet article

X
Interview > Alain Courbis - Runmuzik
"Notre île semble de plus en plus attractive pour les musiciens qui sont toujours ravis de la qualité de l'accueil, de la beauté des paysages et de la richesse culturelle qu'ils y trouvent"