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Interview Philippe Astor > ElectronLibre – Think Tank Proscenium


"Je suis convaincu que l'industrie musicale va connaître un nouvel âge d'or dans les dix années qui viennent"

Quiconque à l'envie de suivre l'actualité et les enjeux du secteur musical aura la bonne idée de suivre les traces numériques et autres interventions de Philippe Astor. Le monsieur sillonne l'industrie depuis trois décennies et le scrute de son point de vue on ne peut plus avisé, pour en vulgariser les tendances et en décrypter les enjeux. C'est à se demander pourquoi on ne l'a pas interrogé plus tôt, voilà donc qui devrait rattraper cet impair.

 


Bonjour Philippe, peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?
Je suis journaliste professionnel depuis 25 ans, 100 % indépendant depuis une quinzaine d'années. Mon parcours m'a permis de développer une expertise reconnue dans le domaine d'internet et des nouvelles technologies, et dans celui de l'industrie musicale.


Es-tu toi même musicien, et au delà de ça qu’est ce qui t’a amené à te spécialiser musique en sortant d’études de philo ?
Je pratique la guitare depuis l'âge de 12 ans, et j'ai joué dans plusieurs petits groupes de rock au début des années 80. La philo, comme la musique, était juste une passion pour moi. Je n'avais pas vraiment l'intention de mener mes études à leur terme. Lorsque j'ai décidé de les arrêter, j'ai commencé à travailler dans le milieu associatif des musiques actuelles à Toulouse. Comme nous percevions de confortables subventions (époque bénie du ministère de Jack Lang à la Culture), nous avons décidé de lancer un fanzine de qualité (devenu un magazine distribué en kiosque) pour parler de la scène rock alternative qui émergeait à l'époque (Les Berrurier Noir, OTH, Parabellum, les Hot Pants, les Sherifs, Roadrunners, les Carayos, les Washington Dead Cats, les Thugs,  Fixed Up, etc.), que la presse musicale nationale (Best, Rock & Folk...) ignorait totalement. C'était en 1985. L'explosion des radios libres (longtemps restées pirates) créait une véritable émulation. C'était un peu l'Internet de notre génération. Plus besoin de planquer les émetteurs. L'armée avait libéré les ondes.

Cette aventure - celle de Rock Press - a duré deux ou trois ans. Les Inrocks sont nés en même temps que nous. Ils ont survécu, pas nous. A l'issu d'une formation continue dans une école de journalisme à Paris, j'ai trouvé du travail dans la presse informatique où je suis resté 5 ans. A 25 ans, je n'avais jamais touché un ordinateur de ma vie ou presque. La micro-informatique était une véritable révolution à l'époque. Je suis tombé dans la marmite en mode "hacker" (ce sont les virus qui m'ont appris comment fonctionne un ordinateur). J'ai fini chef de rubrique Réseaux et Sécurité informatique dans un magazine professionnel (Soft & Micro), avant de commencer, au milieu des 90's, à couvrir le développement d'Internet dans la presse éco (La Tribune, Les Echos), en tant que pigiste, puis à la télévision (Canal+). Je n'entretenais plus qu'un lien très distant avec la musique pendant cette période, à travers mes vieux disques et ma pratique de la guitare en chambre.

C'est Internet - grâce à la possibilité de retrouver toutes les musiques que j'écoutais quand j'étais plus jeune, et avec elles une multitude d'émotions - qui m'a ramené à mes premiers amours. En 1999 - je travaillais alors sur un projet de juke-box MP3 pour les cafés qui n'a jamais vu le jour - j'ai assisté à Los Angeles, en compagnie de Tariq Krim - par la suite fondateur de Netvibes puis de JoliCloud - à la première conférence organisée aux États-Unis sur le thème de la musique en ligne, par le défunt site spécialisé Webnoize. La couverture que nous avons faites de cet événement sur le blog de Tariq (Mptrois.com, devenu GenerationMP3), nous a valu d'être repris et cités dans le Monde et Libé, et d'obtenir une accréditation en tant que blogueurs pour le Midem 2000 à Cannes. Cette visibilité m'a ensuite permis d'être recruté comme pigiste par le magazine professionnel Musique Info, pour lequel j'ai travaillé pendant douze ans, afin de couvrir tous les aspects de la révolution Internet dans le music business. Il y avait peu de profils ayant les deux casquettes à l'époque. J'ai également créé un blog en 2005 - Digital Jukebox, chez ZDNet - qui a été très suivi par la profession et par les start-upers de la musique en ligne. Au mois de juin dernier, j'ai couvert mon quinzième Midem à Cannes.


 


Depuis Rock Press à Toulouse (mensuel rock indé qui sévissait dans les 80), tu suis donc le secteur musical en long et en large, quelles sont les principales évolutions de celui-ci, et est ce que c’était vraiment mieux avant ?
Non, ce n'était pas mieux avant. C'est mieux maintenant. On idéalise toujours le passé. Je suis convaincu que l'industrie musicale va connaître un nouvel âge d'or dans les dix années qui viennent. Si j'étais jeune musicien aujourd'hui, je croirais à la possibilité de percer un jour, et je me mettrais à travailler sérieusement pour y parvenir, quitte à ne pas faire que ça dans la vie. Ce que je n'ai pas eu la volonté de faire à l'époque, car je n'y croyais pas du tout. Dans les années 80 et 90, le marché de la musique était très florissant, mais également très concentré et très fermé. Les artistes avaient peu de moyens de s'exposer, seule une très faible minorité avait accès aux médias de masse. Les radios libres ont permis à la scène indé d'émerger. Mais on a beaucoup fabriqué de stars d'un seul tube à l'époque, qui n'existaient que sur MTV ou à la radio, et étaient proprement incapables de se produire sur scène autrement qu'en playback. Je ne vois pas l'intérêt de régresser à ce stade, même si cette stratégie du music business a été très lucrative pendant des années.

Aujourd'hui, tu peux devenir virtuellement une vedette sans quitter ta chambre ou ton corps de ferme : composer et enregistrer à la maison, entretenir un lien direct avec tes fans via Internet, distribuer ta musique dans le monde entier, créer ta chaîne Youtube, etc. Après tout, il suffit de 15 000 "core fans" pour parvenir à vivre de sa musique. Bien sûr, rien ne remplace l'accompagnement d'un label ou d'une maison de disques, ni la force de frappe de cette dernière en terme de marketing, de promotion, d'accès aux médias de masse. Mais à bien des égards, tout cela n'est qu'une survivance du passé. Les artistes ont toujours besoin de pros du music business pour les accompagner et les aider à se développer et à s'émanciper : mais de moins en moins au sein de structures verticales fortement intégrées et hiérarchisées comme les grandes maisons de disques, dans lesquelles ils sont complètement "biberonnés" ; et de plus en plus au sein d'écosystèmes de partenaires organisés en réseau et à géométrie variable, en fonction des projets artistiques qu'ils mènent. L'artiste devient plus autonome, il est beaucoup plus impliqué dans la gestion de sa carrière et dans les aspects business de son activité, ce qui était totalement tabou il y a trente ans.


 
Tu es un des deux fondateurs d’Electron Libre, quel est le but de ce média bien particulier ?
A l'origine, Electron Libre était un blog collectif, de journalistes experts chacun dans son domaine (médias, Internet, industries culturelles, gaming, etc.), désireux de capitaliser sur ce nouveau mode d'expression assez libre, et de mettre les pieds dans le plat sur un certain nombre de sujets. Plus qu'une exhaustivité de l'information produite, nous mettions l'accent sur notre capacité de recul et d'analyse de cette actualité, avec toute l'impertinence nécessaire, et à mettre régulièrement la main sur quelques infos exclusives. C'est ce qui a fait notre réputation. Le véritable porteur et toujours principal contributeur de ce projet est le journaliste Emmanuel Torregano, qui est un ancien du Figaro. Electron libre est un nouveau média, pure player d'Internet, toujours à la recherche du modèle économique qui lui permettra de devenir pérenne. La société, c'est peu connu, a développé des outils de gestion de multiples sources d'information sur Internet, et de redistribution ciblée de ces informations via différents canaux. Ce sont ces outils qui lui permettent d'alimenter la Timeline du site en informations de provenances diverses. Electron Libre a par ailleurs lancé un magazine professionnel dédié au secteur musical sur Internet (Haut Parleur, hautparleurlemag.com/le-mag), qui fonctionne sur un modèle payant et pour lequel j'ai écrit de nombreux articles.

 



Peux-tu nous décrire précisément tes responsabilités au sein du projet ?
Je n'en ai plus vraiment, mis à part le fait que je reste (un tout petit) actionnaire en tant que co-fondateur. Les colonnes de EL et de Haut Parleur me sont toujours ouvertes, mais je ne collabore plus à ces deux publications depuis quelques mois, en raison d'engagements qui me laissent peu de disponibilité.



Justement, tu es depuis peu responsable éditorial du think tank Proscenium, peux-tu nous dire en quoi ça consiste, et accessoirement ce qu’est un think tank en bon français ?
Un think tank est un club de réflexion. Le think tank Proscenium a été créé par le Prodiss (Syndicat des producteurs, salles et diffuseurs de spectacles), pour se pencher sur ce que seront les effets de la révolution numérique sur le spectacle vivant à l'horizon 2025. Nous avons organisé un conclave en février dernier, qui a réuni 90 personnes au Labo de l'édition à Paris (des professionnels, des start-upers, des experts, des chercheurs, des journalistes, des artistes), pour se pencher pendant une journée entière sur des pistes de réflexion dégagées en amont lors de plusieurs réunions préparatoires (big data, réalité virtuelle ou augmentée, captations, nouvelles applis et services Web professionnels, synergies avec les acteurs d'Internet, nouveau statut de l'artiste). Un livre blanc est paru en avril dernier, dont j'ai rédigé la section qui restitue le fruit des réflexions du conclave. Un nouveau conclave de Proscenium aura lieu en novembre prochain (il en est prévu 2 par an), sur des problématiques plus ciblées encore. L'objectif n'est pas seulement de réfléchir mais aussi de passer à l'action. Proscenium travaille notamment à la création d'un incubateur de start-up Internet dans le secteur du live, pour lequel un premier appel à candidatures a été lancé. Des commissions du Prodiss vont par ailleurs travailler à la mise en œuvre par les professionnels du secteur, dans les concerts et festivals, des innovations, pilotes et solutions qui émergeront des conclaves.
 

As-tu choisi ton camp, entre le téléchargement et le streaming, quand au moyen le plus intelligent de distribuer la musique sur le web, tant du point de vue auditeur, que créateur ou producteur ?
En tant que consommateur, je suis résolument un streamer depuis plus de 10 ans. Etant journaliste, j'ai eu très tôt accès à des services comme Rhapsody aux Etats-Unis (dès 2004), ou Yahoo Music Unlimited, et je suis abonné à Spotify depuis 2009. Je suis donc un early-adopter du streaming. Et je n'écoute plus ni CD, ni MP3 depuis des lustres. Concernant l'évolution du marché je suis beaucoup plus partagé. Je pense qu'il y aura persistance d'un marché physique dans les cinq à dix ans qui viennent (à 15 % des ventes), que le téléchargement va se stabiliser à un niveau très inférieur à celui qu'il a atteint ces dernières années (15 % à 20 % des ventes), et que le streaming prendra tout le reste, mais sous des formes très différentes de celles qu'on connaît aujourd'hui, beaucoup plus segmentées, éditorialisées, personnalisées, et intégrées dans diverses applications interactives et connectées.

Je crois beaucoup, par ailleurs, au potentiel de la radio interactive de type Pandora auprès du grand public (c'est à dire auprès de cette majorité de personnes qui n'achètent pas ou très peu de musique, aujourd'hui comme il y a trente ans), dès que les autoradios connectés seront aussi courants dans nos voitures que ceux qui lisaient les K7 dans les années 80, les CD dans les 90's, ou les MP3 dans les années 2000. Il y a beaucoup de freins au développement de ce marché en Europe (il rapporte déjà plus d'un milliard de dollars par an aux ayant droit de la musique aux États-Unis), mais il finiront par être levés.

A plus long terme, le téléchargement ne sera plus qu'une commodité (comme lorsqu'il permet d'écouter ses playlists hors ligne sur un mobile avec Deezer ou Spotify), et plus du tout un marché. Le marché physique peut très bien reprendre du poil de la bête (voir ce qui se passe avec le vinyle, ou ces jeunes labels qui ne produisent que des K7), sous d'autres formes qui s'inventent déjà, et via d'autres canaux. La frontière entre produit physique et streaming va disparaitre. Ne serait-ce que parce que d'ici là, la plupart des objets physiques seront connectés. Et le streaming deviendra lui aussi une commodité. Ce n'est pas un format de musique en soi, comme ont pu l'être le LP ou le CD. Je crois plutôt à l'émergence d'un nouveau format qui sera d'abord une appli connectée et interactive, à la fois produit et service, que l'on achètera sur un Store et à laquelle on pourra s'abonner, et qui sera parfaitement transversale, c'est à dire accessible instantanément sur tous les écrans et tous les supports, avec du streaming inside, bien sûr, ou du téléchargement (et une politique de mise à jour et de suppléments premium), mais sans qu'on n'en ait plus vraiment conscience.
 

Bien qu’encore largement minoritaire en terme de revenus pour les musiciens, le numérique représente de gros enjeux futurs, peux-tu nous dire par quoi il faut qu’il se développe pour que les groupes indépendants en particulier, puissent en tirer le meilleur profit ?
Je viens de tracer un peu les contours du marché de la musique dans lequel les artistes indépendants vont devoir évoluer à l'avenir. A ce contexte, s'ajoute le fait que les coûts de production, de diffusion et de distribution tendent vers zéro. L'environnement est donc beaucoup plus favorable à la création et à son exposition. Du coup, il y a beaucoup plus de candidats à la notoriété. Et retenir l'attention du public, qui est de plus en plus sollicité, devient plus difficile. En tant qu'artiste, il faudra faire feu de tout bois, être très créatif dans tous les types de contenus qui peuvent être déclinés et postés sur les réseaux sociaux ou les plateformes de vidéo, réaliser des sessions live et de nombreux goodies, inventer de nouvelles formes de communication et d'échange avec son public. Tous les artistes ne sont pas préparés ou disposés à cela. Mais c'est plus dans l'ADN des nouvelles générations.

Nous sommes encore au milieu du guet, au cœur de la transition numérique, et 90 % de ce qui sera demain reste à inventer. De nouveaux modèles, formats, médias, et aussi de nouvelles musiques vont émerger. La mondialisation du marché de la musique va favoriser toutes sortes de fusions parfaitement improbables, et l'apparition de nouvelles esthétiques, de nouveaux genres, de nouveaux sons, de nouvelles formes de récit. Je connais des jeunes qui se font tatouer des rosaces composées de symboles qui résument leur dernier voyage. C'est une nouvelle forme de récit dont le corps est le support, mais qui peut aussi se faire en musique, comme ces musiciens qui partent en Afrique avec leurs instruments et des petits studios mobiles, à la rencontre d'artistes maliens ou éthiopiens, et qui en tirent des albums, des webdocumentaires, des séries vidéo sur Youtube, etc.

Les jeunes générations sont mieux éduquées, voyagent beaucoup, rencontrent d'autres cultures, ont un esprit beaucoup plus ouvert, et sont plus à même de se projeter dans un futur ou le numérique va remplacer le pétrole. D'une manière générale, j'ai assez confiance en elles. Nous voyons arriver la première génération de digital natives aux affaires. Elle était très présente au Midem cette année, avec Blitzr, Soundytics, Soundsgood, Nomadmusic, The Best Song, etc. Ils sont pour la plupart sur-diplômés pour le job (Centrale, Sciences Po, Supélec...), sont souvent eux-mêmes des artistes (le groupe de métal des fondateurs de Blitzr fait des tournées européennes), et ont à la fois la musique et la technologie dans leur ADN. Ils sont motivés, ont des rêves, des passions, du talent... Ils pourraient gagner des milliers d'euros par mois ailleurs, mais préfèrent investir leur énergie dans la musique, dont ils sont en train de réinventer tout l’écosystème. Certains commencent à investir dans la production de contenu avec les artistes, ou mettent à leur disposition des structures de production de sessions live et autres vidéos de qualité HD. Je trouve tout cela très enthousiasmant. Un peu comme ce que j'ai pu vivre dans les années 80, au moment de l'explosion des radios libres et de la scène rock alternative.
 

Plus globalement, penses-tu qu’en ce qui concerne le digital, les politiques culturelles françaises puissent encore avoir un véritable impact face aux directives européennes et surtout aux mastodontes américains du secteur ?
On a l'impression que non, et on se complet dans cette impuissance. Les indés se sont levés collectivement face à Google (pour Youtube Music Key) et face à Apple (certes avec l'appui décisif de Taylor Swift, qui n'en est pas moins une artiste indé), et ils ont obtenu gain de cause. Cela veut dire qu'on peut très bien faire plier les GAFA. Ils ne sont pas tout puissant. Ce sont des géants aux pieds d'argile, qui périront par la même arme qui les a fait roi : la disruption. Qui aurait cru que MySpace, ou Last.fm, disparaîtraient presque totalement du paysage ? Il se peut que l'on utilise beaucoup moins Google ou Facebook dans dix ans. Personne ne se souvient d'Altavista aujourd'hui, l'un des moteurs de recherche les plus utilisés dans les 90's, quand personne ne misait encore un kopeck sur Google. Les chinois, les indiens ou les Russes, qui pèsent la moitié de la population mondiale à eux seuls, n'utilisent ni Google ni Facebook.

Concernant l'Europe, commençons par mettre d'autres dirigeants à sa tête, il sera toujours temps ensuite de la rendre plus démocratique. Je m'étonne toujours de voir le taux d'abstention des élections européennes. C'est bien à cette échelle que beaucoup de choses importantes se décident et se décideront à l'avenir. Cela ne me dérange pas en soi, au contraire, mais nous devons trouver le moyen d'avoir une plus grande part, en tant que citoyens, dans les décisions qui sont prises. Déjà en allant voter. Parce que nombre d'entre nous ne se sont pas déplacés la dernière fois, nous avons à la tête de la Commission l'architecte du principal puits d'évasion fiscale en Europe depuis vingt ans, et l'un des principaux alliés des GAFA. Bien joué. Les lobbys sont surpuissants à Bruxelles. Ils influencent fortement la politique de l'Europe, pour ne pas dire qu'ils la font. Et le lobby de la musique est très faible. Donc il y a des craintes à avoir, en effet, pour ce qui est de préserver certaines exceptions. Mais je ne suis pas de ceux qui attendent de savoir ce que va changer l'Europe. Je suis de ceux qui veulent changer l'Europe.
 

Continuons donc sur du constructif, quelle peut-être la marge de manœuvre des pouvoirs publics pour améliorer la situation du secteur musical et consolider cette chère exception culturelle française ?
D'une manière générale, et cela ne concerne donc pas que la musique, je considère que les pouvoirs publics n'ont pas de solutions à nous apporter. C'est à nous d'inventer l'avenir, et leur rôle est de nous accompagner, en menant des politiques qui favorisent les initiatives individuelles, collectives ou participatives qui viennent du bas. Notre classe politique est vieille et fatiguée, et surtout elle n'a plus d'idées, et encore moins une vision d'avenir dans laquelle on pourrait se projeter. Il y a au ministère de la Culture beaucoup de hauts fonctionnaires qui connaissent très bien le secteur des musiques actuelles depuis des années, et qui sont très volontaires et à l'écoute - ceux qui restent quand les ministres ne font que passer -, mais leur action est souvent entravée par les politiques en poste, justement. Depuis l'alternance, dans le secteur des musiques actuelles, il ne s'est absolument rien passé, en dehors de missions qui mettent tout le monde à contribution mais n'aboutissent jamais à rien. Et en dehors d'Hadopi, qui reste une initiative discutable, il ne s'est pas passé grand chose avant. Le secteur est pour ainsi dire laissé à l'abandon par les pouvoirs publics depuis longtemps.

Cela dit, la politique culturelle ne se décide pas qu'à Paris et dans les ministères. Certaines institutions et collectivités territoriales se mobilisent. Le CNV (Centre national des variétés), la région Aquitaine et la DRAC (qui représente le ministère) ont par exemple signé une convention qui va permettre d'abonder un fond de 280 000 € sur deux ans pour les musiques actuelles. D'autres régions sont sur le point de signer le même genre de convention. Cela veut dire qu'un peu d'argent va venir irriguer le secteur des musiques actuelles en régions dans les deux ans qui viennent. Et cela va dans le sens d'une décentralisation des industries culturelles dans les territoires, et du développement d'une nouvelle économie de la culture en réseau. Mais le chemin qui reste à parcourir est encore long. C'est à l'échelle des régions, qui deviennent plus grandes et vont avoir plus de poids et de pouvoir, que beaucoup de choses peuvent se jouer, comme la reconquête d'une nouvelle souveraineté citoyenne en matière de politique culturelle.
 

Si tu devais interviewer ou faire un reportage sur n'importe quel groupe vivant ou mort, lequel ce serait ?
Je partirais à la rencontre de Keith Richard, pour qu'il me livre le secret d'un bon gimmick "stonien" en open de sol avant de casser sa pipe.
 

Et si tu devais t'exiler sur une planète qui ne connait pas la musique avec un seul album ?
Pour être franc, je préfèrerais emporter ma guitare. Mais s'il fallait un disque, alors ce serait le double album Physical Graffiti de Led Zeppelin, parce qu'il renferme la quintessence du rock des 70's, et que c'est une véritable somme vaudou.
 

Et pour conclure, quelles sont les deux dernières tartes musicales que tu aies découvertes, sur album et en live ?
Je citerai un jeune groupe toulousain qui s'appelle Scarecrow, qui mélange un blues très roots avec du rap, et qui a fait sensation lors du dernier MaMA à Paris. Je n'ai pas forcément pris de vraie claque musicale avec des albums dernièrement, mais parmi ceux qui sont sortis depuis le début de l'année et avec lesquels je me sens bien, je citerai le live de Eels au Royal Albert Hall, l'album catalan Granada de Silvià Perez Cruz et Raùl Fernandez Miro, qui m'émeut beaucoup (mais je suis catalan), ou encore l'album American Music de Gangstagrass, qui mélange Hip Hop et Blue Grass. Je vous invite à écouter ma playlist Premières musiques de 2015 sur Spotify, avec aussi du Steve Earle, du Otis Taylor, du Marcus Miller et du Seasick Steve, entre autres.
 

 




LA SUITE SUR LE WEB :

>> Carte blanche au Forum Entreprendre dans la culture à Paris

>> A qui profite le stream ? Conférence de la GAM (Guilde des artistes de la musique), avec Serge Tayssot-Gay

>> L'artiste à 360°, Conférence de la GAM (Guilde des artistes de la musique), avec Vicelow (ex Saïan Supa Crew)

>> Proscenium

>> Blog perso

>> Profil Spotify

>> Profil Last.fm

Twitter

>> @makno

>> @music_zone (anglais)
 



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