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Interview > Samuel Etienne - Fanzine musicaux, mode d'emploi


"Faire un fanzine, c'est déjà en soi un acte politique"

Savez-vous qu'il existe des fanzines édités sans interruption depuis plus de trente ans ? Ce média qui se caractérise par la liberté absolue tant de sa forme que de son fond, incarne parfaitement la pratique du DIY appliquée à l'écrit. Samuel se passionne pour cet art de l'écrit collectif et affranchi des codes, et partage avec nous sa science du zine, qu'il colporte régulièrement aux quatre coins de la France depuis ses terres bretonnes.

 

 

Salut Samuel, peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?

J'ai fait mes classes dans l’univers du rock nantais, y créant ou participant à une dizaine de fanzines ou magazines musicaux alternatifs entre 1988 et 1995 (The Gossip, Armageddon, Play It Wax, Trempo Mag, Pulse …). En 1990, j'ai créé l’hétéronyme Mélanie Séteun, nom de plume au départ qui devient un éditeur scientifique spécialisé dans les musiques populaires à partir de 1998 (www.seteun.net). J'ai cofondé la revue Volume ! en 2002 avec Gérôme Guibert et Marie-Pierre Bonniol. En 2003-2004, j'ai animé sur Radio Campus Clermont-Ferrand Sniffin’Glue, une émission de radio consacrée à la culture zine et, parallèlement, j'ai publié Quality Street, un petit zine parlant d’autres zines (http://qualitystreetzine.blogspot.fr). Membre du collectif de chercheurs GBH+support de 2004 à 2007, j'ai donné une vingtaine de conférences sur les fanzines musicaux en France et au Québec. En 2013, après une période d’exil dans le Pacifique Sud, j'ai fondé le label Strandflat, musiques d’en-dessous à Saint-Malo plutôt orienté post-rock avec les deux albums de Have The Moskovik et Seilman Bellinsky. En 2014, j'ai lancé le fanzine Daedalus, fanzine malouin d'actualités culturelles conçu sur un mode participatif dans le cadre d'ateliers à la Grande Passerelle (médiathèque de Saint-Malo) et en partenariat avec La Nouvelle Vague. Cette année, j'organise en mai-juin une expo sur les fanzines DIY au FRAC de la région PACA à Marseille. A cette occasion, je sors le premier volume de Bricolage Radical, une série d'ouvrages sur les fanzines do-it-yourself.

 

Tu es donc un éminent spécialiste du fanzine, peux- tu nous commencer par nous expliquer ce qui caractérise un fanzine ?

Pour faire court, un fanzine est un journal amateur, conçu et réalisé par des gens qui sont habituellement exclus des médias. A l'origine, dans les années 1930, ce sont des fans de science-fiction qui se sont mis à échanger des histoires entre eux puis à les auto-éditer en petit tirage sous la forme d'un journal miméographié. Ensuite, à partir des années 1950, les fanclubs de rock'n'roll ont édité des bulletins de correspondance. La free press des années 60 a pris le relais et permis à tout un chacun de faire valoir ses idées dans des journaux imprimés par des petits groupes et non des magnats de la presse ; les fanzines sont alors devenus davantage des zines, c'est-à-dire que la dimension "fan de" était moins présente mais une vision alternative de l'information, produite par la base, les caractérisait. C'est surtout dans les années 70, avec le mouvement punk et sa philosophie do-it-yourself, qu'un nouveau modèle de journaux a envahi la planète : un journal photocopié, souvent de mauvaise qualité, souvent mal écrit, mais qui proposait quelque chose d'unique et de jamais vu. La simplicité du fanzine punk, ce côté "tout le monde peut faire pareil" explique son succès fulgurant et le fait que les fanzines se sont alors multiplié dans les sphères musicales, puis au sein du football (notamment en Grande-Bretagne), de la BD, du cinéma, etc. Le fanzine, contrairement aux magazines, est un journal libre sans contraintes éditoriales liées au modèle économique qui le fait fonctionner, car souvent il n'y a pas de modèle économique, c'est fait dans l'urgence du moment.

 

Y a-t-il un cahier des charges, même informel, à l'édition d'un fanzine (nombre de pages, absence de pub, type d'impression, de distribution..) ?

Justement non. C'est bien en cela que le fanzine est original : pas de règle, pas de méthode, c'est 100% DIY. La plupart du temps, les fanzines n'ont pas de sommaire défini par avance, ni même de nombre-limite de pages. Les articles s'accumulent et puis quand on estime que c'est prêt on photocopie. Ceux qui payent les photocopies feront peu d'exemplaires, ceux qui "détournent" le photocopieur du bureau ou de l'école seront moins regardant sur le nombre d'exemplaires imprimés. Ensuite, avec le temps, un fanzine tend à s'organiser et avoir un fonctionnement qui peut se rapprocher de la presse traditionnelle. Mais les moyens seront toujours plus limités.

 

 

 

Tu as déjà pas mal répondu à la question, mais peux-tu nous préciser comment est né ce mode de communication rock'n roll ?

C'est né dans la science-fiction et non dans le rock. Cela n'arrive dans la sphère musicale qu'à partir de la fin des années 50 avec le rock'n'roll et les fanclubs de stars : Gene Vincent, Little Richard, etc.. Son explosion est cependant lié au punk car l'esthétique du fanzine photocopié des années 70 correspondait bien à l'identité rugueuse que recherchaient les punks. Le media fanzine DIY punk était un reflet de l'identité punk elle-même d'où son adoption massive par les scènes punk puis post-punk. Mais il faut aussi considérer l'aspect technique : les photocopieurs ne deviennent grand public, donc accessibles, qu'à partir des années 70 bien que le procédé xerographique existe depuis 1939. C'est la combinaison de facteurs technologiques et philosophiques (le DIY) à un moment donnée de l'histoire qui expliquent en grande partie cette effervescence du fanzine punk DIY.

 

As-tu une idée du nombre de fanzines, au moins musicaux, qui paraissent aujourd'hui en France, et de leurs lectorats moyens ?

Cela a toujours été difficile à estimer car il y a un turnover important et il y a des fanzines imprimés à 10 ou 20 exemplaires dont la visibilité se limite à une ville, voire un quartier (ce qui ne diminue en rien leur importance et leur rôle de relais d'information). Dans les années 80-90, on parlait de 400-500 zines musicaux existant dont probablement 1/3 se renouvelait chaque année. Il y a certainement eu une diminution dans les années 2000 avec le passage de certains au format webzine, mais on constate un retour du fanzine papier depuis le début des années 2010. Au niveau tirage, un fanzine qui imprime à 100-200 ex a une bonne visibilité s'il est présent dans les distros. Mais cela peut monter à 1000 voire 2000 ex pour les zines les plus anciens. Abus Dangereux existe depuis 1986 et publie 6 n° par an depuis 30 ans, c'est exceptionnel mais donc possible tout en restant amateur. D'autres sont devenus des magazines professionnels comme Magic Mushroom, fanzine né à Saint-Malo en 1991 et devenu le magazine Magic! Fanzine amateur ne veut donc pas forcément dire fanzine sans lendemains. Le mieux pour se tenir informé est de lire des fanzines comme Up The Zines qui recense et chronique des dizaines de fanzines à chaque numéro en plus de proposer de très longues interviews de fanzineurs.

 

Comment tu expliques que ce média soit toujours aussi présent aujourd'hui, alors que le papier disparait et que les lecteurs s'affirment de plus en plus sur les écrans divers ?

C'est probablement à mettre en parallèle avec le retour du vinyle et des cassettes : la génération des 18-25 ans n'a connu que les médias et la musique dématérialisés, fabriqués et distribués en ligne, donc avec des échanges virtuels, distants, entre les différents acteurs. Faire un fanzine aujourd'hui, c'est se réunir autour d'une table, prendre des ciseaux de la colle, faire des photocopies, puis aller distribuer le fanzine. Il y a un côté artisanal qui permet de recréer du vrai lien social, tangible, et non via des pokes de smartphone. Le fanzine est aussi beaucoup plus présent en dehors de la sphère musicale : une scène "zines de cinéma de genre" est très développée en France actuellement avec des fanzines de très grande qualité, très experts dans leur contenu éditorial, ce qui est aussi une nouveauté. Les graphzines ou fanzines d'artiste sont aussi présents en galerie et le fait qu'un FRAC propose une exposition sur le fanzine DIY montre que le regard porté sur ce média amateur évolue. La BNF s'y intéresse aussi, mais avec un retard important par rapport à d'autres pays comme le Canada où les fanzines ont une valeur patrimoniale reconnue depuis des décennies.

 

 

Tu sors des fanzines depuis une trentaine d'années, combien de vies et de morts as-tu vécu ?

Certains fanzineurs changent le nom de leur fanzine à chaque numéro mais il y a pourtant une continuité "spirituelle" d'un numéro à l'autre, donc un fanzine ne meurt jamais véritablement. Sur la quinzaine de fanzines que j'ai créé, je pense que ceux sur la musique ne font qu'un en fait, il y a un lien entre chacun même si certains étaient très différents en termes de styles musicaux : exclusivement gothic, d'autres touching pop, voire pop lo-fi. Sinon, j'ai publié Paludes en 1996, un mini-zine de 7 cm sur 7 cm sur la littérature avec des chroniques de romans et quelques interviews d'auteur comme Antoine Volodine. Rien de musical, mais la même volonté de défendre des œuvres ou des artistes qui me touchaient. Cette année, en dehors de Daedalus, je publie deux autres zines, So Rebel, qui est un graphzine que je coordonne avec Anto Squizzato et ZWMK qui est un kidzine que je fais avec mon fils qui a trois ans.

 

Daedalus est le dernier en date que tu gères, qu'est-ce qui fait sa particularité ?

Son ancrage géographique : le Triangle d’Émeraude (Saint-Malo - Dinan - Rennes). Ensuite son caractère participatif : depuis le n°5, j'anime des ateliers à la Grande Passerelle autour d'un collectif de 7-8 personnes, auteurs, photographes, graphistes où l'on définit ensemble le sommaire, on cale les interviews, les reportages photos, on fait des maquettes à la main, etc. Pour la plupart des participants, il s'agit de leur première expérience "journalistique" donc il y a à la fois la crainte de ne pas savoir faire mais aussi la satisfaction, après coup, de pouvoir rencontrer des artistes dans le cadre du moment privilégié qu'est celui de l'interview. Les quatre premiers numéros de Daedalus étaient très axés musiques, rock, punk et metal notamment. Depuis septembre 2015, on est plus ouvert à la BD, aux écrivains et artistes locaux. Le fil rouge étant toujours de soutenir les scènes alternatives. Les PDF de tous les n° sont disponibles ici : https://issuu.com/samueletienne/stacks/d749df29a6784fb88a8b39d0608c1839

 

Historiquement très lié au punk, le fanzine musical est-il irrémédiablement lié à un contenu politique aujourd'hui ?

Non. Un fanzine est d'abord le reflet de celui ou ceux qui le conçoivent. C'est vrai qu'il y a beaucoup de fanzines unipersonnels qui reflète donc vraiment les idées du rédacteur. Si son créneau est l'anarchopunk, la radicalité des propos sera forcément plus importante que si c'est un amateur d'indie-pop. Après faire un fanzine, c'est déjà en soi un acte politique. C'est un acte de résistance qui consiste à dire : "je ne suis pas satisfait de ce que me proposent les médias de masse, je crée donc mon propre média pour véhiculer mes propres idées". Des fanzines comme Barricata ou L'Attaque sont explicitement politisés. Mais faire un fanzine sur la cuisine vegan, comme Tant qu'çà bout,  c'est aussi un  positionnement politique.

 

Quel est le plus ancien fanzine que tu connaisses et qui soit toujours édité ?

Probablement MaximumRock'nRoll, un fanzine punk américain édité depuis 1982. En France, Rock Hardi de Clermont-Ferrand existe depuis 1982 et sortira bientôt son 50e numéro. Abus Dangereux de Montauban est publié depuis 1986 mais fêtera bientôt son 140e numéro !

 

 


Tu nous évoquais plus haut un projet intitulé "Bricolage Radical" sur lequel tu bosses en ce moment, peux-tu nous en dire plus ?

Bricolage Radical est aux fanzines ce que Canada Dry est à l’alcool… Ça a la couleur du zine, le goût du zine… mais ce n’est pas un zine. En 2003, j'ai écrit un article de réflexion sur le caractère éphémère des fanzines dans la revue Volume! et depuis ce temps, je me disais qu'il manquait un ouvrage en français qui essaye de voir ce qui réunit tous ces fanzines au-delà de leur différences évidentes liées au contenu, au format, à la durée de vie, etc. Comme je suis scientifique de par mon métier de tous les jours, j'ai longtemps eu dû mal à trouver le bon format; au départ je voulais faire un essai objectif, essayant d'ignorer le moins de choses possibles. D'une part la tâche aurait été titanesque mais en plus le résultat aurait sûrement été pénible à lire comme la plupart des travaux universitaires qui sont pointus donc contraints par un langage très codé et imbuvable pour les non-spécialistes de la discipline. C'est exactement ce que je voulais éviter pour parler des fanzines qui sont à l'opposé de cela. Lorsqu'en 2014 la Fanzinothèque m'a demandé de faire une conférence pour leurs 25 ans, je me suis replongé dans mes fanzines, environ 1500, et je me suis dit que le mieux serait d'écrire quelque chose qui tourne autour de la pratique des fanzineurs à travers des chapitres thématiques : le do it yourself, la motivation, la fan-attitude, le no profit, etc. J'ai donc défini une vingtaine de thèmes et j'explore le positionnement des fanzineurs à travers ce qu'ils ont écrit dans leur propre fanzine ou dans des interviews données à d'autres fanzines, à travers des entretiens que j'ai faits moi-même ou des échanges par mail. Le premier volume comprend 4 chapitres sur 20. Je le publie en autoédition car j'avais une idée assez précise de ce que je voulais au niveau de la forme. L'idée étant quand même de rendre hommage aux fanzines et aux fanzineurs, je voulais une grande quantité d'illustration et en couleur si possible. Pour le premier volume, il y a 200 illustrations plus le texte répartis sur 118 pages. Je ne suis pas sûr qu'un éditeur aurait accepté de publier cela en l'état et comme je ne voulais pas être limité par une quelconque rentabilité, j'ai choisi l'option "fanzine". Du coup, le tirage est limité à 150 exemplaires et la moitié sont déjà écoulés grâce à une campagne de financement participatif. Le second volume sortira pour la Route du Rock où j'ai un stand "fanzines" depuis 1998 presque sans discontinuité.

 

On conclut avec nos deux questions traditionnelles : si tu devais t'exiler sur une planète qui ne connait pas la musique avec un seul album, ce serait lequel?

Si ce devait être un seul morceau ce serait Lush "Last Night (Hexadecimal Dub Mix)". Mais pour un album, ce serait "First & Last & Always" des Sisters of Mercy parce que c'est celui que j’ai probablement le plus écouté depuis 30 ans.

 

Quid de tes deux dernières tartes musicales, sur album et en live ?

Pour l'album, je dirais Les Nus. Je ne m'attendais pas à une telle densité pour un second album arrivant 34 ans après le premier ! En live, Savages à La Route du Rock 2015.

 

 

Pour ceux que le sujet passionne, vous trouverez de plus amples infos, toujours données par Samuel, par ici.

 



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